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Easy, l’amour à la loupe

By on 6 décembre 2016

A la rentrée, Netflix dévoilait « Easy », une nouvelle série sur le thème du couple. Dirigée par Joe Swanberg et réunissant un casting plutôt alléchant (Orlando Bloom et Dave Franco, entre autres), elle se veut une vision moderne de la vie couple, un décryptage de l’amour dans son quotidien le plus banal.

Attention, spoilers !

Épisode 1 « Mariés, deux enfants »

Le premier épisode reprend le stéréotype éculé du couple qui s’ennuie au lit après 15 ans de vie commune et des enfants. Après une discussion entre amis, l’homme se demande si son rôle de père au foyer n’a pas émoussé l’intérêt de sa femme carriériste pour la bagatelle. Chacun s’interroge dans son coin sur la perte de désir. Lors de la soirée d’Halloween, la femme décide d’acheter des costumes coquins pour rallumer la flamme entre eux. Mais bien sûr, il ne suffit pas d’enfiler un déguisement pour rendre les choses faciles…

Certes, la réalisation apporte une certaine fraîcheur à un thème vu et revu. Mais l’alchimie ne prend pas, et on manque d’empathie pour ce couple qui n’est finalement pas si à plaindre… D’ailleurs, la fin de l’épisode nous laisse entendre que les performances sexuelles importent moins, au final, qu’une véritable entente de couple et une vie de famille épanouie. CQFD.

Épisode 2 « Cendrillon est végétalienne »

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Deux jeunes femmes se rencontrent lors d’un concert. L’attirance est immédiate et s’ensuit une première nuit absolument parfaite. Seulement voilà, l’une d’elle est vegan, se déplace à vélo et ne s’épile pas (l’image parfaite de la lesbienne hipster branchée). L’autre est plus frivole, mange du bacon, se déplace en taxi, et aime se vernir les ongles avec ses copines. Pour plaire à sa nouvelle conquête vegan, elle décide de changer radicalement son mode de vie.

Drôle, touchant, cet épisode est particulièrement réussi. Outre le jeu des actrices, j’ai beaucoup aimé cette ironie latente. Ou comment, au sein d’une minorité prônant l’ouverture et l’acceptation (les homosexuels), on peut trouver des représentants d’une communauté beaucoup moins tolérante (les vegans). La série pointe du doigt avec beaucoup de justesse et d’humour les travers des vegans, mais nous montre surtout tout ce qu’on est capable de faire par amour.

Épisode 3 « Une affaire de famille »

Les protagonistes sont deux frères aux vies très différentes. L’un a une vie posée, un grand appartement, et s’apprête à être père. Le plus jeune vit une vie d’artiste, boit et fume des pétards avec ses potes sans penser à demain. Son dernier délire en date : brasser sa bière dans son garage et la vendre aux amis. Peut-être un peu lassé de cette vite trop cadrée, son grand frère décide de se joindre à l’aventure, sans le dire à sa femme.

Épisode 4 « Canapé-lit »

Un couple trentenaire, bien installé dans la vie, et désireux d’avoir un enfant, voit débarquer l’ex de de la jeune femme. Fêtard, séduisant, drôle, il vient rompre une routine peu sexy basée sur l’ovulation de madame. Elle finit donc par succomber aux avances sauvages de son ex lors d’une fin de soirée arrosée. Cet intermède passionnel ne change strictement rien à la vie du couple : lorsque l’ex repart, la routine reprend ses droits.

Cet épisode est l’un des maillons faibles de la série. Personnages peu attachants, histoire vue et revue, rien de neuf sous le soleil.

Épisode 5 « Une histoire de vie »

Cet épisode nous narre la rencontre de deux artistes que tout oppose. L’un est un vieil écrivain sur le retour, qui n’arrive plus à remplir les salles avec ses romans graphiques inspirés de sa vie amoureuse et sexuelle. L’autre est photographe, enfin, elle prend des selfies quoi. Jeune, blonde, talentueuse, incroyable sensuelle, elle envoûte le vieil homme et profite de leur nuit pour prendre quelques clichés. Suite à quoi, notre écrivain découvre ses fesses en photo lors d’une exposition. Vexé, il provoque un esclandre au beau milieu du vernissage, se fait filmer, et devient viral… Ou comment expliquer l’effet Streisand. Ancrée dans le microcosme artistique, cette histoire mêlant amour, sexe & selfie est une bonne surprise, une bouffée d’air frais malgré une certaine complaisance.

Épisode 6 « Utopia »

Barbie et Ken sont beaux, jeunes, sportifs, et accomplis professionnellement. En plus, ils sont très amoureux et viennent d’avoir une petite fille. Papa Ken vient même assister au groupe d’éveil musical de sa petite princesse. Bref, le bonheur. Seulement voilà, on n’arrête pas de leur parler de Tinder et des plans culs 3.0, ce qui intrigue fortement nos protagonistes. Et voilà que notre couple s’encanaille en se créant un compte Tinder. Outre le fait qu’on nous présente Tinder comme une nouveauté (lol, c’est so 2013…), cet épisode gentillet est aussi passionnant qu’une pub Freedent, Orlando Bloom dénudé mis à part…

Épisode 7 « Solitude »

Cet épisode est le plus « faible » de la série, mais il permet de rompre le schéma initial. Jusque là, nous avions des histoires de couples – parfois d’une nuit – mais des histoires en cours. Ici, il est question d’une séparation affreusement banale. Difficile d’accrocher à l’histoire de ce couple qu’on ne voit jamais réunit (les rares échanges se font sur Skype), d’autant que l’histoire principale vient soutenir une intrigue secondaire beaucoup plus émouvante. Lors d’une soirée, l’héroïne parle avec enthousiasme son nouveau célibat, qui lui permet de se retrouver, de faire des activités qui lui plaisent etc. Son interlocutrice, beaucoup plus âgée, ne dit mot mais ne semble pas partager cette vision de la solitude épanouie et volontaire… Le soir-même, elle part retrouver un ancien amant.

Autre rupture, des personnages qui jusque là n’existaient que dans leur propre univers, se croisent enfin. Et l’on découvre que les différents personnages sont plus liés que ce que l’on imaginait.

Épisode 8 « Projets d’avenir »

L’épisode 8 est une suite de l’épisode 3. La petite brasserie illégale prospère dans les milieux branchés, et attire l’attention d’un journaliste. Cherchant à interviewer les deux frères, il parvient à convaincre le plus âgé, qui accepte de lui parler dans le seul but de contrôler les informations publiées à leur sujet. Par ailleurs, désireux de professionnaliser leur petite affaire, celui-ci voudrait emménager dans de nouveaux locaux adaptés, au grand dam de son jeune frère. Cette soudaine notoriété tend à accentuer le fossé entre les deux personnages, alors qu’un autre événement inattendu se déclare…

En conclusion

Malgré la qualité du casting et une réalisation plutôt réussie, les épisodes sont franchement inégaux. Quand certaines histoires nous accrochent et nous émeuvent, d’autres nous laissent carrément à la porte. L’exemple parfait est l’épisode 6 avec Orlando Bloom ; après une mise en contexte rapide (jeunes parents amoureux), l’introduction de la problématique de couple (la découverte de Tinder), et une scène rigolote (la discussion à propos du plan Q), arrive la scène de sexe très attendue. Qui dure deux plombes. Les personnages sont attendrissants (Kate Micucci je t’aime à la folie) mais la sauce ne prend pas ; ça reste gentillet, mais sans plus. Parce qu’il n’y a pas vraiment d’enjeu, on regarde en se demandant « Pourquoi ? ». D’autant que le comique de répétition (la petite se réveille et interrompt l’acte par trois fois) frise le ridicule. Il n’y qu’Orlando Bloom en slip moulant pour rattraper un peu le coup.

Ensuite, on peut reprocher un certain manque de cohérence. On nous présente d’abord une première histoire, un premier couple. Puis la nounou aperçue dans l’épisode 1 devient l’héroïne de l’épisode 2.  Au lieu de conserver cette introduction originale des personnages, les histoires suivantes sont en apparence indépendantes. Puis, dans l’épisode 7, on nous montre que la plupart des personnages ont un lien entre eux, même infime. Mais cette découverte est plus anecdotique qu’autre chose ; au lieu d’approfondir les relations entre personnages connus, on prend la tangente en suivant un nouveau personnage. Enfin, l’épisode final est la suite de l’épisode 3. C’est d’autant plus frustrant que je n’avais pas accroché du tout à cette histoire…

Dernier reproche, très personnel, je n’ai pas vraiment accroché à l’univers, très « bobo ». Les personnages baignent tous dans un milieu privilégié – aisé, intellectuel et arty. Ce qui donne une cadre un peu élitiste, et une vision trop restreinte du sujet. Si vous ne naviguez pas dans le même univers, vous risquez de ne pas vraiment accrocher aux personnages.

Il manque pour moi l’indispensable sentiment d’identification. Sans cela, on risque de rester de l’autre côté de la fenêtre, à regarder les scènes se dérouler sans se sentir concerné. Pour une série vendue comme ultra réaliste, il me semble qu’on aurait pu faire mieux.

Légèrement décevante, Easy reste donc une série intelligente, mélancolique et parfois drôle, servie par un casting exceptionnel. Si certaines histoires sont moins réussies que d’autres, l’ensemble est suffisamment juste et bien réalisé pour être divertissant. Et nous réserve même quelques bonnes scènes – de quoi nous faire tenir jusqu’au bout.

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Petite vague
DTC

I'm the evil side of myself. Blogueuse et photographe dilettante. Dévoreuse de séries TV. De confession Jedi. À l'ouest la plupart du temps... Suivez-moi sur Twitter je ne mords pas @jedisvague

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