Souvenirs du Japon

Escale à Miyajima, l’île sacrée

By on 18 août 2016

L’île de Miyajima, ou l’île aux daims (non, pas les chocolats d’Ikea…), est un bout de terre paradisiaque situé dans la baie d’Hiroshima, où nous avons posé nos valises pour deux jours, juste après la visite d’Hiroshima. L’endroit étant réputé pour son charme et sa nature accueillante, les conditions étaient idéales pour faire l’expérience du confort à la japonaise dans un ryokan traditionnel. Pour une meilleure immersion, je vous propose cette fois-ci un récit sous forme chronologique…

Depuis Hiroshima, il nous a fallu un petit quart d’heure de train pour atteindre notre arrêt, Miyajimaguchi. Un passage piéton sous-terrain permet d’accéder rapidement à l’embarcadère, où l’on aperçoit la silhouette de l’île. Le temps est dégagé, et le soleil nous réchauffe pour la première fois depuis 10 jours. L’attente n’est pas bien longue pour embarquer dans le ferry, armés de nos valises et de nos JR Pass. À peine montée à bord, je rejoins la promenade munie de mon appareil photo, espérant apercevoir rapidement le célèbre torii flottant.

Au gré des flots, nous dépassons les premiers parcs à huîtres, qui ne ressemblent en rien à ceux que j’ai pu voir en France. Le niveau d’eau est assez haut, et les parcs ressemblent à de simples amas de planches flottant sur les vagues. Il faut savoir que les japonais apprécient beaucoup les huîtres, qu’ils dégustent souvent gratinées… Étonnant pour une nation qui a popularisé le poisson cru. En écrivant cet article, j’ai par ailleurs découvert que l’huître japonaise à été importée en France il y a plus de 30 ans, alors que nos variétés françaises étaient décimées par une maladie. Depuis, ces huîtres ont bien proliféré et constituent une part non négligeable de notre production nationale.

Japon_Miyajima-01

Japon_Miyajima-02

La traversée ne dure qu’une dizaine de minutes, et les côtes se rapprochent rapidement. Je dois sortir de ma campagne profonde, mais sur ce bateau, avec le ciel immense, la végétation luxuriante de l’île et les flots bleus, j’ai la fugace impression d’être au début du film Jurassic Park (je crois presque entendre la musique dans ma tête…). Tous les touristes à bord n’ont d’yeux que pour le torii, qui apparaît bien immergé alors que nous approchons.

À peine arrivés sur la terre ferme, les daims sont déjà là, partout, à manger dans la main des touristes. Je ne les pensais pas si… civilisés. Leur comportement est à la fois super mignon, et un peu inquiétant. Je ne suis pas experte en daims, mais ceux-ci semblent presque trop habitués aux humains. Ils ont perdu de leur beauté sauvage, de leur superbe.

Japon_Miyajima-05

Avec nos bagages sous le bras, nous partons à la recherche de notre ryokan. Nous avons choisi l’établissement Momiji-So sur internet, environ deux mois avant le voyage. Pour une nuit en ryokan, les prix varient de 90 à 350€ par personne suivant l’établissement et les prestations (repas du soir, onsen privé…). C’est cher, mais c’est une expérience à vivre absolument lorsqu’on voyage dans l’archipel.

L’auberge étant assez éloignée du quai, nous traversons le village et ses rues commerçantes, avant de nous enfoncer dans la forêt. Arrivés sur place, nous sommes conquis par l’ambiance. Si le ryokan ne paye pas de mine comparé aux établissements plus prestigieux croisés sur le trajet, il s’en dégage une atmosphère très apaisante. Le calme est absolu, et la maison semble avoir poussé au milieu des bois.

Nous sommes accueillis avec tous les égards ; on nous fournit des sandales, un verre de thé, les valises sont nettoyées (pour ne pas laisser de traces) et déposées dans nos chambres. Nous découvrons avec émerveillement la décoration traditionnelle, les sols en natte, les petits détails… Chaque chambre a sa petite véranda, qui donne sur un jardin parfaitement entretenu. Mais pas le temps de nous poser, nous avons une île à visiter.

Japon_Miyajima-03

Japon_Miyajima-04

Avec mon homme, nous partons admirer le grand torii flottant. Quand la marée est basse, les gens se précipitent pour avoir la chance de toucher les pieds du torii… Il parait que cela porte bonheur. A cette heure de l’après-midi, les touristes sont très nombreux sur le bord de mer. On voit même passer des jeunes mariés en pousse-pousse.

En dehors du torii, la principale attraction ici est le sanctuaire Itsukushima ; construit sur pilotis pour s’adapter aux marées, il est classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Nous aurions bien aimé le visiter, mais la journée est déjà bien entamée, et nous nous contenterons de l’apprécier de l’extérieur.

Japon_Miyajima-09

Nous prenons ensuite un peu de hauteur pour visiter le Pavillon Senjôkaku, un magnifique édifice en bois ouvert aux quatre vents. Il semble au moins aussi vieux que l’île. Comme dans tous les temples, il faut se déchausser, et nous déambulons en chaussettes, main dans la main, sur le parquet patiné par le temps et les milliers de passages. Manque de chance le temps a tourné depuis notre arrivée, l’air est glacial et nous claquons des dents tout en admirant les œuvres accrochées aux poutres centenaires. Situé sur un promontoire, le pavillon offre une vue superbe sur la petite baie, le sanctuaire Itsukushima et le torii flottant.

Japon_Miyajima-07

Japon_Miyajima-08

Japon_Miyajima-10

Juste derrière le pavillon se trouve une superbe pagode à cinq étages, mais le temps est maussade, et nous sommes en train de geler sur place. Nous descendons donc pour errer dans les rues. Il y a beaucoup de commerces, pas mal de vendeurs ambulants, et de bonnes odeurs flottent dans l’air. Nous en profitons pour déguster la spécialité de l’île : le momiji manjû, une pâtisserie en forme de feuille d’érable, généralement fourrée à la pâte de haricot rouge. Spoiler : c’est méga bon. On peut d’ailleurs voir la fabrication en direct au travers d’une vitrine située dans la rue principale.

Japon_Miyajima-11

Japon_Momiji-Manju

Nos pas nous mènent de l’autre côté de la petite baie, vers un temple qui semble émerger de la forêt. Je l’ignore à ce moment-là, mais il s’agit du grand temple ésotérique Daisho-in, célèbre pour ses centaines de statues. Il y a un peu moins de monde ici, peut-être à cause de l’heure tardive (il est déjà près de 17h).

A peine passé les portes et ses statues menaçantes, nous croisons un daim, un peu plus farouche que ses congénères. Il nous dévisage prudemment, puis s’engage dans un petit chemin gardé par des rangées de statues souriantes. Les statues sont toutes coiffées de petits bonnets tricotés. La scène est tellement surréaliste que je reste scotchée sur place, la bouche ouverte. Je m’attendrai presque à ce que le daim me parle. Il doit se lasser de mon air ahuri car il finit par me tourner le dos pour aller se sustenter plus loin. Si le charme initial est rompu, je continue de m’extasier devant les statuettes comme une gamine devant un magasin de bonbons. Mais ce n’est que le début… Un peu plus loin, dans la montée, des milliers de petits visages souriants semblent nous contempler avec malice. C’est l’une des choses les plus étonnantes que j’ai pu voir durant ce voyage. Je suis littéralement sous le charme de cet endroit.

Japon_Miyajima-12

Japon_Miyajima-13

Japon_Miyajima-14

Le reste du site est tout aussi fabuleux. Situé dans les hauteurs de l’île, ce temple bouddhiste regroupe une demi-douzaine de pavillons, un grotte, et une quantité incroyable de statues. Si l’amoncellement de statues semble à première vue chaotique, il en résulte pourtant une incroyable impression d’harmonie. Le temple s’intègre parfaitement dans la nature environnante, et recèle de nombreux passages cachés, escaliers et recoins à explorer. Vous pouvez notamment y découvrir un magnifique mandala de sable réalisé par des moines tibétains.

Japon_Miyajima-15

Japon_Miyajima-16

Après une journée chargée, nous revenons enfin au ryokan. Fatigués, fourbus et passablement gelés par notre excursion, nous avons la surprise d’être accueillis par un bain chaud ; nous ne savions même pas que le ryokan disposait d’un onsen intérieur… La pièce d’eau est constituée d’un bain de 2/3 places, et de petites douches pour se laver (on se nettoie toujours avant d’entrer dans un bain public). Le bain est mixte, nous pouvons donc en profiter en groupe, vêtus de nos maillots.

De retour dans nos chambres, nous découvrons des vêtements traditionnels déposés à notre intention. Nous nous habillons et nous installons dans la salle commune pour le dîner. L’ambiance est intimiste, bercée par une petite musique relaxante. Le repas est juste succulent, et nous découvrons notamment le raffinement de l’huître gratinée. En retournant à nos chambres vers 20h30, nous pouvons enfin tester les futons ultra moelleux, disposés durant notre absence. En fait, au Japon, la qualité du service se mesure aussi à sa discrétion. Nous avons à peine croisé les employés, et pourtant nous sommes mieux servis que dans n’importe quel hôtel où j’ai pu séjourner.

Japon_Miyajima-18

Après le bain chaud, les vêtements confortables et le repas magique, le futon est le dernier clou de la soirée. Enrobés dans ce cocon de douceur, comblés par le délicieux repas, nous sombrons dans le sommeil presque instantanément.

Note : il y a futon et futon. Dans un ryokan, les futons sont généralement de très bonne qualité, et d’un meilleur maintien que nos literies classiques.

Le lendemain matin, parfaitement reposés, nous partons faire l’ascension du Mont Minsen, qui domine l’île. Enfin, comme nous n’avons pas toute la journée devant nous, nous avons décidé de faire l’ascension en remontée mécanique et la descente à pied. Arrivés au sommet, le temps est brumeux, et le panorama semble sorti d’un film fantastique.

Japon_Miyajima-19

Dans un premier temps, le sentier grimpe pour rejoindre un point de vue situé tout en haut du Mont. Une petite structure de deux étages permet aux visiteurs de contempler le panorama dans toutes les directions. Puis le chemin se poursuit, croisant quelques endroits notables, dont le célèbre sanctuaire des amoureux.

Dans le petit pavillon Reikado, la flamme brûle depuis 1200 ans, entretenue par les moines, pour symboliser l’amour éternel. Des prières sont accrochées aux murs, et un immense chaudron trône au dessus des braises. Oui, quand nous sommes passés, c’était à peine des braises de l’amour, pas vraiment la flamme olympique quoi… Quand nous arrivons, les moines sont d’ailleurs en train de raviver le feu, et la fumée nous pique les yeux. Les quelques visiteurs présents boivent un liquide puisé dans le chaudron, et nous invitent d’un geste à faire de même. Je ne connais pas vraiment l’histoire autour de cet endroit, mais je regarde mon copain en souriant, et nous buvons chacun une petite gorgée d’eau à peine tiède. Si ça peut nous garantir l’amour éternel, pourquoi se priver…

Japon_Miyajima-20

Japon_Miyajima-21

Japon_Miyajima-22

La suite du chemin est parsemée de petites statues, de sanctuaires, d’amoncellement incompréhensibles de pierres, de petites grottes… Par endroit, on trouve des amas de pièces déposées ou jetées par les visiteurs et pélerins, pour se porter chance. En fait, on pense à peine à nos pieds souffrants tant le trajet est agréable. La descente dure près de deux heures, et après un nombre infini de marches, nous parvenons enfin au ryokan. Toujours aussi serviable, la responsable nous propose de descendre nos valises jusqu’à l’embarcadère, pour nous éviter le long trajet de la veille. Nous acceptons, et nous passons les deux dernières heures sur l’île à visiter les boutiques de souvenir avant de grignoter sur le pouce.

C’est déjà la fin de notre visite, et je ne regrette absolument rien. L’endroit est adorable, même si très fréquenté. C’était vraiment une étape à part dans notre voyage, comme une parenthèse de douceur avant la frénésie d’Osaka.

Il parait que l’île est encore plus belle à l’automne, toute parée de rouge grâce aux nombreux érables. Si je retourne au Japon un jour, je ferai une halte à Miyajima, pour dire bonjour aux daims et aux statues…

Deer-poop-ice-cream

TAGS
RELATED POSTS

LEAVE A COMMENT

Petite vague
DTC

I'm the evil side of myself. Blogueuse et photographe dilettante. Dévoreuse de séries TV. De confession Jedi. À l'ouest la plupart du temps... Suivez-moi sur Twitter je ne mords pas @jedisvague

Hello !
Suivez-moi sur Hellocoton
Retrouvez je-dis-vague sur Hellocoton