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Haters back off : haters gonna hate

By on 31 octobre 2016

Haters back off est l’une des nouvelles comédies du catalogue de créations originales Netflix. La série suit les mésaventures de Miranda Sings, une jeune chanteuse / performeuse qui cherche désespérément la reconnaissance via sa chaîne vidéo, et se retrouve confrontée aux haters d’internet (aka les détesteurs, ces anonymes qui adorent laisser des commentaires injurieux sur le net…). Sur le papier, ça avait l’air original et impertinent. Il y avait là un joli sujet à creuser, un truc qui parle aux 15-25 ans, bref le matériau pour une comédie réussie.

En lançant la série, je m’imaginais naïvement un personnage central à la Mindy Project, le genre gaffeuse, sans-gêne, égocentrique mais touchante. Mais les scénaristes avaient une autre idée en tête.

Miranda vit avec sa mère, sa sœur et son oncle dans une petite maison triste à mourir. La mère est caissière et s’invente des maladies, l’oncle travaille dans une animalerie, et le prétendant de Miranda vend des glaces sur son vélo. Bref, on est en plein dans la classe laborieuse américaine, telle qu’on a pu la dépeindre dans My name is Earl ou Raising Hope. Une classe laborieuse qui vit d’expédients, se coltine des boulots minables, et mange des trucs qui ne ressemblent même pas à de la vraie nourriture. Dans cet univers déprimant, Miranda rêve de grandeur dans sa chambre, et s’imagine déjà en tête d’affiche. Épaulée par son oncle et sa mère qui la trouvent incroyablement talentueuse, Miranda se lance dans la publication de vidéos sur internet. Sauf que voilà, Miranda est nulle.

Franchement, ça aurait pu être drôle. On aurait pu rire de ses déboires, de ses performances ratées, de sa naïveté face aux trolls d’internet… Il y avait de nombreuses façons de rire de cette situation, tout en ayant un minimum d’empathie pour le personnage.

Au lieu de ça, Miranda est un personnage engoncé dans un premier degré gênant, à la fois ridicule et antipathique au possible.

Tête à claque, méprisante, sans aucun talent ni charisme, elle espère devenir une grande star en seulement quelques vidéos. D’ailleurs, elle ne tilte même pas quand son oncle prétend lui avoir décroché un concert dans une salle célèbre, pour finalement l’emmener dans une soirée karaoké. À ce stade, ce n’est plus de la naïveté, c’est carrément de la connerie.

L’essentiel du comique est censé provenir des grimaces horripilantes de l’intéressée, qui se badigeonne de rouge à lèvre telle une petite fille de 7 ans qui découvre le maquillage de sa mère. D’ailleurs la série abuse des gros plans peu flatteurs sur la bouche de Miranda, notamment lorsqu’elle s’attaque à sa glace préférée en forme d’orteil.

Pour contrebalancer cette bêtise crasse, il fallait forcément un élément dissonant.  Miranda a donc une sœur qui est son exact opposé : mignonne, discrète, intelligente et sensible. Vilain petit canard de la famille, elle s’enferme dans le garage pour peindre des chefs d’œuvre pendant que tout le monde s’extasie sur Miranda. Parce qu’elle est parfaitement lucide sur les « capacités » de sa sœur, elle personnifie à merveille le regard du spectateur. Et ce faisant, le flatte allègrement. Si je trouve Miranda ridicule, je vais forcément m’identifier au seul personnage de la série qui a le même point de vue que moi…

Avec un titre pareil (« Haters back off« ) j’imaginais une série qui fasse passer une critique, même sous-jacente, sur la lâcheté des haters. Les haters et les trolls font partie intégrante de la culture internet, et représentent le cauchemar de toute personne qui s’expose publiquement sur le net. Beaucoup de YouTubers ont d’ailleurs exploité le sujet, comme Norman :

« J’ai perdu 2 minutes de ma vie là ».

Sans vouloir révolutionner la donne, la série aurait pu pointer du doigt le phénomène, le décrypter intelligemment, le dénoncer avec humour, bref, donner à réfléchir. Au lieu de ça, elle nous présente un personnage qu’on a forcément envie de détester, et nous place de facto dans la position du hater. On a envie d’insulter cette pauvre fille, qui nous brise les tympans et nous fait perdre de précieuses minutes de nos vies.

Du coup, je me suis demandé si c’était fait exprès… Et si Netflix avait imaginé une série totalement nulle, avec des personnages horripilants, juste pour nous questionner sur ce qui pousse les haters à faire preuve d’autant de cruauté ?

Poussant ma réflexion, j’ai découvert que le personnage imaginaire de Miranda possède une vraie chaîne YouTube, très bien alimentée. On y trouve ce genre de vidéos WTF.

Les vidéos les plus anciennes ont été postées il y a plusieurs années. La série étant diffusée depuis le 14 octobre 2016, je me suis demandé comment Netflix avait pu prévoir une telle campagne de communication virale. En fait, Miranda Sings est un personnage inventé et mis en scène depuis 2008 par une YouTubeuse, Collen Ballinger. Sa chaîne rencontrant un énorme succès (plus de 7 millions d’abonnés à ce jour), plusieurs chaînes de TV se sont intéressées à elle. Et c’est Netflix qui a remporté les négociations. Elle joue donc dans la série le rôle qu’elle joue depuis des années sur la célèbre plateforme de vidéos. C’est d’ailleurs elle qui est à l’origine du titre du show.

Miranda a été transposée au petit écran avec tous ses défauts, son rouge à lèvre dégoulinant et ses mimiques exaspérantes. Les scénaristes ayant choisi de respecter le personnage créé sur YouTube sans y apporter la moindre nuance, je comprends un peu mieux la fascination malsaine qui en découle…

Je ne dois pas être sensible à ce type d’humour, mais cette série ne m’a pas fait rire du tout. Pour être totalement honnête, le coin de ma bouche a très légèrement tressauté lors de la scène ridicule sur le podium du karaoké. C’est tout. Bref, au cas où vous hésiteriez encore, passez votre chemin…

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Petite vague
DTC

I'm the evil side of myself. Blogueuse et photographe dilettante. Dévoreuse de séries TV. De confession Jedi. À l'ouest la plupart du temps... Suivez-moi sur Twitter je ne mords pas @jedisvague

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