Geek life

La nouvelle fracture numérique

By on 13 août 2017

En consultant mon fil Twitter, je suis tombée par hasard sur un article relayé par @Projet_Arcadie. Un peu vieux mais toujours d’actualité, cet article nous explique en substance pourquoi il faut s’inquiéter de l’incompétence en informatique de la nouvelle génération. Soit dit en passant, l’argumentaire s’applique à toutes les générations…

Lire l’article « Les enfants ne savent pas se servir d’un ordinateur et vous devriez vous en inquiéter » écrit par Marc Scott et traduit par Nicolas Le Gland.

Pour ceux qui n’auraient pas le courage de lire l’article original, je souhaite vous proposer ici une synthèse toute personnelle, n’en déplaise à l’auteur. Car au delà du ton cynique et un brin condescendant, le fond du propos mérite d’être entendu et relayé.

Plongée dans l’analphabétisme numérique

L’article est un virulent plaidoyer pour que nous cessions de considérer les adolescents et vingtenaires actuels comme des professionnels de l’informatique, sous prétexte qu’ils sont « nés avec internet » ou qu’ils ont « toujours eu une tablette entre les mains« . La navigation sur internet, même assidue, n’apprend strictement rien d’un point de vue technique. Je connais des accrocs aux réseaux sociaux incapables de comprendre l’intérêt et le fonctionnement des paramètres de confidentialité desdits réseaux.

Les parents ont cette impression assez vague que les heures passées chaque soir sur Facebook et YouTube devraient se transformer, par une sorte d’osmose cybernétique, en compétence PHP, HTML, JavaScript et Haskell.

Pour ma part, j’ai découvert l’informatique à la fin de l’école primaire, et internet à l’adolescence. J’ai connu le Nokia 3310, eMule, Caramail et MySpace. Pour tout vous dire, je me suis même brièvement passionnée pour l’autoportrait bien avant que le « selfie » devienne un phénomène de société. Je fais donc partie d’une génération qui, ayant assisté aux balbutiements de l’informatique et du web, a peut-être un peu plus mis les mains dans le cambouis, désireuse de s’approprier ces nouveaux outils.

Mais la jeune génération n’a pas eu besoin de s’adapter. Elle n’a connu que l’ère de la facilité, la culture du zapping, le doux plaisir de l’immédiat. Grande consommatrice de produits high tech, elle n’a paradoxalement pas les compétences techniques qui devraient aller de pair avec ces technologies.

Plusieurs raisons sont invoquées pour expliquer ce phénomène. Les parents tout d’abord. Soit ils n’y connaissent rien eux-même, soit ils ont quelques compétences en la matière mais n’ont jamais pris le temps de transmettre ces précieuses connaissances. Comme le dit si bien l’auteur, prof d’informatique, lorsque ses gosses ne savaient pas installer la dernière console, il se contentait de résoudre le problème sans jamais leur expliquer la procédure.

La seconde explication vient de notre système éducatif. À l’école comme au travail, nous bossons sur des ordinateurs spécialement configurés, avec des droits restreints au maximum. Les administrateurs sont forcés de tout verrouiller pour éviter les erreurs de manipulation et utilisations indésirables. Genre l’employé qui télécharge illégalement depuis son lieu de travail. En somme, on part du principe que l’utilisateur est incompétent et risque de faire n’importe quoi. Mais tant que les utilisateurs ne seront pas mieux formés (et l’école devrait être faite pour ça !), cette situation ne risque pas d’évoluer.

Nous devrions apprendre aux enfants à ne pas installer des logiciels malveillants, au lieu de verrouiller les machines de sorte que ce soit pratiquement impossible. Nous devrions enseigner aux enfants à rester en sécurité quand ils sont en ligne, plutôt que de filtrer leur Internet.

Le problème vient également du monopole exercé par Microsoft. Hé oui, l’Éducation Nationale n’a pas attendu Najat Vallaud Belkacem pour s’acoquiner avec le poids lourds du secteur, et flirter avec les entreprises privées.

Nestlé, Total et Microsoft s’invitent dans nos collèges sous la forme de « kits pédagogiques »

De fait, nous n’apprenons à l’école que les bases de la bureautique, et encore, la bureautique façon Windows. Nous n’apprenons pas de quoi se compose un ordinateur, comment fonctionne internet ou comment développer un logiciel. Comme l’explique l’auteur, la plupart des personnes ignorent totalement la différence entre Internet, le World Wide Web, un navigateur Web et un moteur de recherche. Et parce que nous ignorons « comment ça fonctionne », nous ignorons également les risques et les alternatives. Et nous manquons tout simplement d’outils pour survivre dans le monde numérique d’aujourd’hui et de demain.

Pour temporiser le propos de l’auteur (anglais), on pourrait dire qu’en France la situation s’améliore progressivement. Depuis les années 2000, on propose aux élèves (école primaire, collège et lycée) un Brevet informatique et internet – ou B2i – qui valide certaines connaissances de base. Malheureusement, il semblerait que cette attestation ne soit pas proposée par tous les établissements… Par ailleurs, ceux qui suivent l’actualité numérique auront vu passer les récents débats sur l’apprentissage du code dès l’école primaire, qui ont conduit à l’ajout de cette matière dès la rentrée 2016. Mais là encore, le bon déploiement de ce nouvel enseignement dépendra certainement de nombreux facteurs (budget, formation, volonté…), accentuant ainsi les inégalités entre les écoles, et donc les écoliers.

Cette incompétence ou « analphabétisme numérique » est grave, et laisse dans l’ignorance totale tout un pan de la population. La fracture numérique d’hier, qui séparait ceux qui possédaient un ordinateur (+ internet) de ceux qui n’y avaient pas accès, est devenue un gouffre entre ceux qui savent réellement se servir de leur matériel, et les autres.

Pourquoi c’est grave ?

Comme le dit si bien l’auteur :

Nos ordinateurs nous permettent de travailler, de socialiser et de nous divertir. Nos ordinateurs nous donnent accès à nos services, nos banques et nos politiques. Nos ordinateurs permettent à des criminels de nous atteindre pour nous voler nos données, notre argent et nos identités. Nos ordinateurs sont maintenant utilisés par nos gouvernements pour surveiller nos communications, nos comportements et nos secrets.

Le numérique est partout. Il gère chaque petite parcelle de nos vies, sans forcément que nous en ayons conscience. Nous possédons tous des objets informatisés (ordinateur, tablette, montre connectée, téléphone…) dont nous faisons usage au quotidien. Ne pas comprendre leur fonctionnement profond, c’est risquer de devenir l’esclave de ces technologies. C’est aussi éparpiller nos données personnelles aux quatre vents. C’est enfin cautionner des décisions politiques qui nous desservent. Car les politiques font partie des plus grands ignorants…

Autrefois, pour faire partie de la société et prétendre à un emploi, il fallait savoir lire, écrire et compter ; aujourd’hui, savoir se servir des outils numériques est devenue une compétence de base, pour la vie quotidienne mais surtout pour appréhender les nouvelles problématiques de notre société. Il ne s’agit plus seulement de compétences techniques à acquérir, mais d’une culture numérique à développer.

Pour ceux qui ont lu l’article :

On peut reprocher à l’auteur de faire usage de raccourcis faciles. Après tout, il prêche pour sa paroisse… Et je comprends parfaitement la frustration du bonhomme, sans cesse confronté à l’incompétence des utilisateurs. Vous connaissez l’expression « la plupart des problèmes informatiques se situent entre le clavier et la chaise » ?… Apporter à tous les citoyens un socle de connaissances en informatique générale est donc une idée louable. Cependant, il semble légèrement irréaliste d’ajouter à cela l’apprentissage des langages de programmation. Apprendre à coder ne devrait pas être un passage obligé. Et pour reprendre l’analogie avec la mécanique, lorsque nous conduisons une voiture, nous devrions connaître les principaux organes du moteur et apprendre à changer un pneu. Mais nous n’avons pas réellement BESOIN de savoir entièrement démonter et remonter le véhicule.

Comment y remédier ?

D’un point de vue sociétal, il y a beaucoup de points à améliorer pour que la prochaine génération soit plus compétente en la matière. Et d’un point de vue personnel, tout est question de volonté. Il faut avoir envie de se questionner, de dépasser sa position de « consommateur passif » pour regarder sous le capot. Et enfin accepter de sortir de sa zone de confort. Si vous avez passé l’âge de l’école, ce n’est pas grave, il n’y a pas d’âge pour apprendre.

Voici quelques pistes :

  • Prenez des cours d’informatique en ligne, par exemple avec XYOOS ou OpenClassrooms. Vous trouverez également une section informatique sur le site du MOOC francophone. Si l’envie vous prend, vous pouvez même vous initier au code avec Codecademy.
  • Lorsque vous ne savez pas faire quelque chose, arrêtez de demander à votre pote « informaticien » (en vrai il est juste vendeur chez Darty…) et essayez de trouver la solution par vous-même. Internet regorge de tutoriels pour les grands débutants.
  • Faites un peu de veille en lisant des sites d’actualités numériques tels que Numerama, NextInpact, Les Numériques, ou encore 01Net. Au début, vous aurez l’impression d’arriver dans la 3ème dimension, mais au fil du temps, plus vous lirez, plus vous comprendrez.
  • Commencer à suivre ce blog (et mon compte Twitter) !

À la création de ce blog, j’avais très envie de proposer des conseils et informations thématiques sur le monde numérique. L’idée m’est venue lorsque je me suis rendue compte que PERSONNE dans mon entourage ne comprenait le domaine dans lequel je travaille (le logiciel libre). J’avais donc envie d’aborder certains sujets (par exemple l’exploitation des données personnelles), de les rendre accessibles en les abordant d’un point de vue plus « culturel » que technique. Ça tombe bien, je n’ai rien d’un profil technique 🙂

De fait, j’ai déplacé mes tests de jeux vidéos dans une nouvelle rubrique « Gaming », et la rubrique « Geek Life » sera désormais consacrée à transmettre – le plus humblement du monde – quelques outils et connaissances à tous ceux qui pensent que Google est réellement leur ami. En espérant que cela puisse être utile !

 

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5 Comments
  1. Répondre

    Emeryck

    23 août 2017

    Super article, piqure de rappel sur la dernière génération à qui nous devons inculquer nos connaissances autour du numérique.

  2. Répondre

    Stephane

    14 août 2017

    J’aime beaucoup ce que vous faites, et la façon dont vous écrivez vos aventures numériques.
    Merci pour ce blog ! Je propage….

    • Répondre

      petite-vague

      23 août 2017

      C’est moi qui te remercie de ta visite et de tes conseils ! En tant que libriste, le prochain billet devrait t’intéresser…

  3. Répondre

    Edelpaillette

    13 août 2017

    Merci pour cet article fort intéressant, j’attends la suite avec impatience !!!!!!

    • Répondre

      petite-vague

      23 août 2017

      Merci beaucoup ! Cette nouvelle rubrique était en projet depuis plusieurs mois, heureuse de constater qu’elle trouve « lecteur à son pied » 🙂

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Petite vague
DTC

I'm the evil side of myself. Blogueuse et photographe dilettante. Dévoreuse de séries TV. De confession Jedi. À l'ouest la plupart du temps... Suivez-moi sur Twitter je ne mords pas @jedisvague

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