Geek life

La neutralité du net en question

By on 18 décembre 2017

J’avais ce billet dans les tuyaux depuis plusieurs semaines, et voici que l’actualité me rattrape. Voici donc une synthèse du sujet pour les non initiés (c’est un peu le but de cette rubrique). J’ai essayé d’éviter les gros mots techniques et acronymes barbares, mais si vous voulez creuser un peu, j’ai mis plein de liens utiles en bas de cet article.

(Illustration : Backbone Campaign via Flickr, licence CC BY 2.0)

Qu’est-ce que la neutralité du net ?

La neutralité du net, c’est juste un des principes fondateurs d’Internet. En gros ça veut dire que chacun peut accéder librement à tout le contenu d’internet. Que votre fournisseur d’accès internet vous propose la même connexion partout, que ce soit pour accéder à votre canard préféré (lagazetteduponey.com), pour faire du shopping en ligne ou regarder une vidéo avec des gens tous nus. Après tout, chacun fait ce qu’il veut tant que ça reste légal.

Pour imager, Internet est semblable à des tuyaux, où passent tout un tas de paquets. Ces paquets, ce sont les données qui transitent lorsque nous visitons un site internet. Ces tuyaux ont été conçus pour un certain flux de paquets. Et quand tout le monde veut passer par les mêmes tuyaux, par exemple pour regarder la finale de la Coupe du monde de foot en direct, et bien ça créé des embouteillages monstrueux. Et ces embouteillages se matérialisent par des ralentissements de votre connexion. Ça parait rien dit comme ça, mais personne n’a envie de regarder une vidéo qui stoppe toutes les quelques secondes pendant plusieurs minutes.

Quand ça coince dans les tuyaux

Internet a été conçu comme un espace de libre-échange. Qui que vous soyez, quoi que vous cherchiez, quoi que vous proposiez, vous êtes tous égaux sur le web. En théorie.

Car certains services créent aujourd’hui un trafic énorme dans les tuyaux, notamment les services vidéo comme Netflix ou Youtube. Pourquoi ne pas créer de plus gros tuyaux ? Parce que ça coûte beaucoup d’argent. Il est toujours plus simple de traire la vache le consommateur final que de repenser l’infrastructure existante. Aux yeux de certains fournisseurs d’accès internet, la solution est donc toute trouvée : créer des accès VIP, c’est-à-dire faire payer un surplus pour accéder certains services à haut débit. Ceux qui ne paient pas verront leur connexion internet ralentie sur ces services.

Imaginez une autoroute. Je n’ai pas trop d’argent, alors je vais payer le minimum syndical, 5€/mois, pour rouler à seulement 70km/heure. À côté de moi, d’autres utilisateurs auront le pass VIP à 15€/mois, et pourront rouler à 130km/heure. Maintenant, imaginez que cette autoroute ne mène qu’à 3 destinations, alors qu’il en existe des millions…

Pourquoi c’est grave ?

Internet est un bien commun, et sa neutralité devrait être un principe inviolable. Renier ce principe ne veut pas simplement dire accéder plus lentement à certains sites web, cela veut dire aggraver la fracture numérique, et accélérer la centralisation d’internet autour de quelques plateformes. Des plateformes bien entendu non libres, et non respectueuses de nos données privées. Mais reprenons plus doucement.

La fin de la neutralité du net, voulue par ceux qui peuvent en tirer profit, pourrait se traduire par la création de « pack » en sus de l’abonnement internet mensuel. Par exemple un « pack vidéo » pour avoir un accès non ralenti aux plateformes Netflix, Youtube et Twitch. Mais du coup, que restera-t-il des autres plateformes telles que Dailymotion ou FramaTube ? Il est certain que les utilisateurs iront en priorité sur les sites web pour lesquels ils auront payé un surcoût. En offrant un accès VIP à quelques plateformes, on favorise ainsi l’hégémonie de quelques uns face à la diversité. La centralisation d’internet autour d’une poignée de plateformes (Google, Facebook, Amazon, Spotify…) va progressivement asphyxier les alternatives (comme Contributopia), décourager l’innovation et la créativité.

Par ailleurs, ceux qui ne pourront pas payer de supplément seront irrémédiablement laissés sur le banc de touche. Sachant qu’internet sert aujourd’hui autant à se divertir qu’à apprendre, chercher un emploi ou simplement travailler, on peut déjà augurer qu’un internet à plusieurs vitesses aura pour conséquence immédiate de fragiliser les populations les plus précaires, aggravant encore la fracture numérique.

Nul besoin de réfléchir longtemps pour se rendre compte qu’internet doit rester un bien public, totalement neutre et non discriminant. Il faut arrêter de croire qu’internet n’est qu’un outil, ou une télévision améliorée. Internet nous permet de communiquer avec le monde entier, de nous informer, de nous exprimer en toute liberté. Restreindre cette liberté peut causer un tort énorme, à l’échelle individuelle et sociétale. Il n’y a qu’à regarder du côté de la Chine, où le web est contrôlé par un firewall géant. Autrement dit, les résidents chinois n’ont accès qu’aux sites web autorisés par le gouvernement. Difficile de développer ou diffuser des opinions dissidentes quand le principal canal d’information et de communication (internet) est ainsi contrôlé.

Sébastien Desbenoit (CC BY 3.0)

Pourquoi on en parle en ce moment ?

Jeudi dernier, les États-Unis ont tout bonnement enterré la neutralité du net, via un vote de la Commission Fédérale des Communications (FCC).

Ça avait déjà failli arriver en 2014, mais heureusement, internet avait été reconnu comme un « bien public ». Certains pensaient la neutralité du net sauvée, mais ce n’était qu’un sursis. Cette décision est vivement contestée de toute part ; le procureur général de New-York vient même de poser un recours contre la FCC, soutenu par une quinzaine d’états.

Mais les États-Unis ne sont pas les seuls. D’autres pays ont déjà franchi le cap, comme le Portugal. Si vous voulez comprendre à quoi ressemble une « offre internet » sans neutralité, vous pouvez admirer ces formules.

Bien entendu, cette image illustre juste l’une des dérives possibles d’un internet « non neutre ». Lorsqu’on enterre la neutralité d’internet, on ne peut jamais savoir à l’avance quelles seront les conséquences sur les utilisateurs, mais aussi sur les producteurs de contenus non professionnels (blogueurs, youtubeurs…). Mais il est clair qu’un internet « à plusieurs vitesses » aura de lourdes répercussions.

Et en France on craint rien hein ?

En principe, la neutralité du net est garantie par le droit européen depuis 2016. Mais comme partout, la neutralité du net n’est pas à l’abri de la pression des lobbies.

Comprenez bien : la neutralité du net n’est pas gravée dans le marbre. Du moment qu’il y a de l’argent en jeu, il est certain que ce principe va être remis en question. La semaine dernière, le PDG d’Orange a soutenu sur BFMTV qu’un internet à deux vitesse serait bientôt « une obligation ». Voilà voilà. Malgré les déclarations rassurantes de notre Président et d’autres experts français ces derniers jours, il faut rester particulièrement vigilants sur le sujet, car ils sont nombreux à œuvrer pour que la même chose arrive en France.

Et c’est d’autant plus alarmant que, jusqu’à présent, on n’en parlait que sur certains médias spécialisés… Si vous ne suivez pas l’actualité numérique, vous avez toutes les chances de passer à côté.

Tous les liens qui vont bien

Pour défendre la neutralité du net

Pour défendre la neutralité, la première chose à faire est d’informer un maximum de gens.

Il y a un super association qui œuvre depuis des années en ce sens, c’est la Quadrature du Net – qui défend notamment l’accès à un internet libre et ouvert, et le respect des droits de l’homme dans la société numérique. Chaque année, ils réunissent des fonds pour continuer à œuvrer pour les libertés numériques, alors n’hésitez pas à les soutenir, leur travail est essentiel.

Pour comprendre la neutralité du net

Il y a aussi quelques très bons threads sur Twitter, avec le hashtag #NetNeutrality :

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En savoir plus sur les libertés numériques :

Si vous connaissez d’autres liens pertinents n’hésitez pas à me le signaler en commentaire !

 

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