Gaming

Pokemon GO : le bruit et la fureur

By on 20 juillet 2016

Le 6 juillet dernier, je rédigeais un article sur les réactions des premiers utilisateurs à la sortie de Pokemon GO (lire « Pokemon Go : la déferlante »). Aujourd’hui, le phénomène a pris une ampleur sans précédent (le mot « déferlante » a d’ailleurs été moult fois employé…), et les médias ont trouvé un nouveau sujet de prédilection. Alors que l’appli n’est toujours pas disponible en France, doit-on réellement s’inquiéter des conséquences ? Est-ce que Pokemon GO va vraiment changer le monde ? Ce jeu rend-il les gens stupides ? Et qu’est-ce que vous avez tous contre la team Instinct bordel ?

À la sortie du jeu, les premiers à en parler ont été les gamers, et les médias spécialisés. Jusque là tout allait bien, les commentaires étaient enthousiastes voire élogieux, et les testeurs ravis de pouvoir retomber en enfance. Deux semaines seulement après le lancement, c’est une véritable hystérie. Les vidéos pullulent sur le web, les médias du monde entier se sont emparés du sujet, et comme tout phénomène mondial, il génère quantités de réactions – des plus positives aux plus alarmistes.

Bref, il aura fallu une petite quinzaine de jours pour transformer une petite appli inoffensive en monstre dégénéré. Et comme j’adore ça, je vais me faire l’avocat du diable (oh yeah).

Premier point, malgré les apparences, PGo est une appli tournée vers le monde extérieur. Dans une société où toute l’attention est focalisée sur les écrans, ou les échanges virtuels remplacent doucement les échanges réels, la société Niantic a créé un jeu qui nous amène à sortir de notre zone de confort. Si le temps passé devant l’écran risque d’augmenter, PGo incite les gens à se rencontrer, à explorer leur ville, et à découvrir des lieux intéressants grâce au système de spots calqué sur le jeu Ingress.

De fait, PGo a un impact direct sur notre santé physique ; obligés de se déplacer, de faire des km pour trouver de nouveaux pokemons ou faire éclore leurs œufs, la plupart des joueurs s’activent bien plus qu’avant. Certifié 100% plus efficace que la Wii Sport ou n’importe quelle campagne du Ministère de la Santé.

Deuxième point, PGo permet de créer du lien social. Sur Twitter, où je suis le phénomène de très près, j’ai donc vu quantité de témoignages de jeunes ayant pour la première fois accompagné leur mère aux courses, tout à coup ravis d’aller rendre visite à leur grand-tante, ou juste heureux de se retrouver au parc avec leurs potes pour une partie de chasse. Si les raisons de ce regain d’intérêt pour la race humaine peuvent sembler puériles (on me dit que Christophe Colomb et Marco Polo se retournent dans leur tombe), le résultat est bien là.

Du coup, PGo pourrait rapprocher les générations. Nombre de nos aînés semblent avoir aussi adopté le jeu. L’aspect ludique et très accessible de Pokemon GO a permis de toucher un public bien plus large que le segment « 15-30 ans » initialement visé par ce genre d’applis. Marre des promenades « digestives » du dimanche ? C’est tout de suite plus fun si on chasse des pokemons avec tonton.

Dans la rue, PGo est donc LE nouveau sujet de conversation, et permet aux gens de se rencontrer. Des rencontres fortuites, quand quelques joueurs se retrouvent pas hasard près d’une arène ou d’un pokemon rare, mais aussi des rencontres planifiées comme ces parties de chasses organisées dans les grandes villes : Paris, Bordeaux, Toulouse…

Cependant, ces parties de « chasse » soulèvent désormais un autre problème, celui de la propriété privée. En effet, on entend beaucoup parler de joueurs sans-gêne ayant pénétré OKLM chez des gens pour capturer un pokemon. Il y a même un mec qui a été arrêté dans une base militaire en Indonésie… Certaines personnes voient donc d’un très mauvais œil ce jeu qui donne envie de sauter par dessus la clôture pour aller explorer le jardin de son voisin. Je peux les comprendre. Ceci dit, je pense que nous assistons actuellement à un engouement exceptionnel lié au démarrage du jeu, et que ces incidents vont se raréfier au fil des semaines. Par ailleurs, il est un peu facile de pointer du doigts quelques incidents isolés, qui ne sont guère significatifs au regard des millions de joueurs qui utilisent déjà l’appli.

Sans compter que les gens non respectueux ont toujours existé, PGo étant un prétexte, et non la cause (je n’ai jamais pénétré chez les gens sans y être invitée, je vais pas m’y mettre pour un pokemon, parce que j’ai un cerveau et que je connais les risques… c’est juste du bon sens).

On arrive donc à l’argument principal des « anti » : PGo rendrait stupide, tout simplement.

Je l’avais écris dans mon article comme une plaisanterie, mais c’est devenu réel. Un mec est mort en chassant des pokemons. Certes, ce mec mérite un Darwin Award. Mais que dire de tous ceux qui sont décédés récemment en prenant un selfie ? Chaque jour, des gens imprudents meurent bêtement. Ce n’est pas PGo qui rend stupide. Comme dirait le philosophe Forest Gump « n’est stupide que la stupidité« .

Les gens, et les médias en particulier, ont tendance à oublier que le monde moderne est fait de tendances, durables ou éphémères, sérieuses ou WTF. La nature même du web fait que chaque nouveauté est immédiatement relayée à grande échelle, et montée en épingle.

De toute façon, toute nouveauté médiatisée, tout phénomène « hype » attise inévitablement son cortège de commentateurs méprisants, de frustrés, de vieux cons. PGo n’y a pas échappé. La moquerie ou le mépris sont des réactions humaines aux choses qu’on ne comprend pas, et qu’on ne maîtrise pas. Et rassurez-vous, on est tous des vieux cons un jour ou l’autre.

L’exemple le plus relayé est certainement le mouvement de foule impressionnant qui a eu lieu à Central Park, juste après l’apparition d’un Pokemon rare. C’est vrai, voir une foule de gens courir dans la même direction pour attraper un Pokemon, ça fout un peu le malaise. Mais la mémoire humaine est sélective, et on oublie que cet épisode n’est certainement pas le premier rassemblement incongru, ou le premier mouvement de foule lié à un événement ou à un effet de mode.

Quelques exemples en vrac :

  • Les gens qui attendent comme des taureaux en rut devant l’ouverture des magasins lors du Black Friday et qui entrent en bousculant les vendeurs pour passer devant tout le monde
  • Les gens qui font la queue devant un Apple Store toute la nuit pour la sortie du dernier iTruc
  • Les filles déchaînées qui hurlent et se jettent presque sous les roues des voitures dès que Justin Bieber fait un pas dehors
  • Les geeks qui campent devant les cinémas avant chaque avant-première de Star Wars
  • Les gens qui ont fait la queue pendant 2h à l’ouverture du Burger King à Paris pour manger un… burger
  • Les supporters de foot qui ont saccagé le Vieux-Port à Marseille lors de l’Euro 2016
  • Etc.

Vous voyez où je veux en venir ? Et certaines personnes qui ont déjà été dans les situations décrites ci-dessus ont probablement été les premiers à critiquer les joueurs. La poutre, la paille toussa… En fait ce qui défrise les gens, c’est que l’objet de ce mouvement était virtuel.

Perso, je suis 100 fois plus effrayée à l’idée de croiser un groupe de supporters après un match qu’une bande de nerds avec leur téléphone à la main. Les gens ont surtout été choqués de voir (dans la vidéo citée) un mec mettre un coup d’épaule à un autre (j’ai plutôt vu deux potes se chambrer mais bon…). On reste très loin des démonstrations de violence et de stupidité crasse qu’on peut voir entre supporters d’équipes adverses.

On vient donc à la dangerosité supposée de l’appli. Les joueurs de PGo seraient imprudents au volant, s’arrêteraient sur l’autoroute, et ne regarderaient pas avant de traverser la rue. Quelques incidents ont déjà eu lieu.

Je ne crois pas qu’une personne censée, responsable et respectueuse du code de la route se mette soudainement à utiliser son portable en voiture juste pour attraper un Pokemon. Les gens qui jouent en conduisant utilisaient déjà leur téléphone au volant avant ça. Encore une fois, PGo est juste un nouveau prétexte. Avant c’était Candy Crush, Snapchat, ou Facebook.

PGo ne sera peut-être qu’un phénomène temporaire, peut-être s’inscrira-t-il au contraire dans le temps, mais je suis persuadée qu’il n’y a rien de nocif dans son utilisation, du moment qu’on n’oublie pas son cerveau au vestiaire.

Pour l’instant, le phénomène est ultra médiatisé, et déjà, les entreprises et professionnels de la com surfent sur la vague, avec plus ou moins de pertinence.

Après, il est certain que le succès du jeu augure une utilisation commerciale massive. Ce serait déjà le cas au Japon où les Mc Do sont en passe de devenir des arènes. Un bon moyen d’attirer la clientèle. Alors oui, c’est un peu se faire prendre pour des pigeons. Mais que voulez-vous, à moins d’adopter une posture résolument militante, d’abandonner Facebook, Google, Amazon, et tous ces grandes entreprises pour qui vous n’êtes déjà que des numéros, il est de plus en plus difficile d’échapper à cette logique mercantile. Nous sommes des cibles pour les publicitaires, nous filons nos données à tour de bras, nous consentons depuis des années à ce hold-up géant, alors qu’est-ce qu’un pas de plus dans cette direction ?

Je ne juge personne sur le sujet ; je bosse sous Linux, j’utilise de nombreux logiciels libres, je soutiens à fond les initiatives comme « Dégooglisons internet » de Framasoft, mais comme tout le monde, j’ai un smartphone, des tas d’applis peu respectueuses de mes données privées, et comme tout le monde, je subis chaque jour la publicité qui grignote peu à peu mon espace vital et mon temps de cerveau disponible. On peut se battre délibérément contre ça, ou essayer de faire avec (ou ne pas connaître les enjeux et s’en foutre).

Si un jour tous les Mc Do du monde deviennent des arènes, je n’irai pas pour autant leur rendre visite. C’est un choix. Et les jeunes qui iront au Mc Do pour jouer seront certainement des habitués de la chaîne.

Si les grandes entreprises entrevoient PGo comme un nouveau filon juteux à exploiter, d’autres en profitent pour faire passer des messages, et sensibiliser les gens à d’autres sujets.

Pour ceux qui pensent que le monde va changer avec Pokemon GO, je répondrais qu’il a déjà drastiquement changé avec l’avènement des smartphones, des réseaux sociaux et des objets connectés (sans même parler de la robotique). Le monde se transforme, peut-être plus vite qu’avant, car la technologie évolue tous les jours. Ce n’est pas un simple jeu vidéo qui va transformer notre société. L’engouement autour de PGo est un simple symptôme de cette évolution. C’est voyant, ça fait du bruit, mais ça ne révolutionne rien. La révolution numérique est déjà en cours. Bientôt nous auront tous des maisons entièrement connectées, des robots chez nous et le sexe sera virtuel.

Voilà. Bisous.

(Et sinon, c’est pour quand la sortie française ?…)

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Petite vague
DTC

I'm the evil side of myself. Blogueuse et photographe dilettante. Dévoreuse de séries TV. De confession Jedi. À l'ouest la plupart du temps... Suivez-moi sur Twitter je ne mords pas @jedisvague

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