TV shows

The OA : épopée mystique

By on 19 janvier 2017

The OA, diffusé mi-décembre sur Netflix, a débarqué sur nos écrans un peu sans prévenir, comme un cheveu sur la soupe. Point de grande campagne de communication, tout juste si l’info a réussi à filtrer sur les réseaux habituels avant la sortie officielle. Plutôt étonnant pour une série de cette envergure (co-produite par Brad Pitt, rien que ça…). On peut voir dans cette non-communication un marketing assumé de la part de Netflix : créer la surprise, et laisser faire le bouche à oreille. Il faut dire que la série est un OVNI, le genre de production non identifiée qui se « vend » toute seule grâce à son aura de mystère. Inattendue et pourtant prometteuse, la série a-t-elle réellement quelque chose de neuf à nous proposer ? (Attention quelques petits spoilers)

Essayer d’analyser The OA est un exercice particulièrement complexe, tant cette série échappe aux codes des genres dans lesquels elle pioche. Tantôt fantastique, tantôt dramatique (voire mélodramatique), mais toujours humaniste, The OA semble à première vue inclassable, et insaisissable. D’autant que la série abuse d’artifices – pour le moins originaux – pour déstabiliser le spectateur : épisodes de longueurs inégales, générique qui arrive n’importe quand, flash back à répétition…

Le point de départ est lui-même plutôt mystérieux : après la diffusion d’une vidéo amateur montrant une jeune femme hagarde se jetant d’un pont, un couple âgé croit reconnaître leur fille, disparue depuis 7 ans. Miraculeusement, la jeune fille aveugle est devenue une jeune femme parfaitement voyante. Qui refuse tout net d’expliquer ce qui lui est arrivé durant ces années d’absence…

The OA, c’est avant tout une série sur la narration, une histoire imbriquée dans l’histoire, à l’image de ces poupées russes au début de l’épisode 2. Le récit d’une jeune femme meurtrie (nommée « Prairie »), qui raconte son passé à cinq témoins plus ou moins volontaires. En effet, après avoir regagné la maison familiale, Prairie réunit cinq individus dans une maison abandonnée pour leur confier ce qu’elle ne peut visiblement raconter à ses parents ou à la police. Ses auditeurs constituent une jolie bande hétéroclite : un ado « trans », un sportif prometteur à la vie familiale compliquée, un dealer aux tendances violentes, un drogué, et une prof de lycée désabusée.

Et l’histoire qu’elle leur raconte va mettre leurs croyances et préjugés à rude épreuve. Une histoire d’enlèvement, de mort et de résurrection. Car Prairie pense être « The OA », un ange originel, à la recherche d’un autre ange…

L’originalité de cette série repose notamment sur le traitement qui est fait de cet « ange » terriblement humain, et sur ce paradoxe constant entre l’aspect ésotérique du récit et la réalité, souvent glauque et violente. A ce titre, certains épisodes de la séquestration et le retour au bercail sont autant de brusques retours à la réalité, comme des cassures dans le récit.

The OA, c’est également un récit où les sens prennent une dimension toute particulière, au travers du corps de l’héroïne. À l’image de la vue (qu’elle perd et retrouve), chaque sens est exploité, et le corps – sexué – mis à mal, écorché, malmené. Tout le génie de la réalisation est d’arriver à nous faire ressentir les choses de concert… Ce point est d’ailleurs très bien exprimé dans la critique des Inrocks.

The OA, c’est donc un récit dans le récit, une expérience quasi mystique à laquelle on nous demande d’adhérer sans réserve. Pour apprécier cette série, il faut se placer en position d’auditeur attentif, à l’image des cinq témoins de l’histoire.

« Je vais vous raconter mon histoire depuis le début. Et à un moment, vous allez comprendre pourquoi vous êtes là… ce que vous pourriez accomplir ensemble, comment vous pourriez aider de parfaits inconnus. Faites semblant de me faire confiance jusqu’à ce que ce soit le cas. »

Pour que la magie opère, il faut donc accepter ce que l’on nous raconte, et essayer d’y croire. Ou du moins, faire semblant.

Personnellement, j’ai accepté ce contrat tacite et essayé d’apprécier le voyage sans m’attarder sur les aspects moins plaisants. Ceci dit, on ne peut totalement les occulter. D’abord, si vous n’aimez pas les mélodrames ou le mystique, vous risquez de trouver certains passages franchement grotesques. Enfin, j’ai trouvé le dénouement assez déconcertant. Sans rien révéler, disons que la scène finale est légèrement What The Fuck. Poétique, mais absurde. Soit on y croit jusqu’au bout, soit on décroche brutalement. Tout comme les personnages, qui se demandent s’ils n’ont pas été bernés, nous aussi, spectateurs, nous nous demandons ce que nous faisons là, et si tout n’était qu’une vaste fumisterie. C’est paradoxal, se sentir « floué » par une fiction. On peut y voir une volonté des scénaristes, celle de nous interroger profondément sur nos croyances et nos idées reçues.

Je ne vais pas trop vous révéler l’histoire pour ne pas vous gâcher le plaisir, mais je dois dire que le charme de cette série doit beaucoup à son actrice principale, dont la beauté imparfaite et éthérée colle parfaitement au personnage. D’ailleurs, il m’est difficile de ne pas faire un parallèle avec une autre héroïne de série : la jeune « Eleven » de Stranger Things. Deux figures féminines d’apparence fragile, brisées par les expériences qu’elles ont subies, et pourtant terriblement puissantes. Des héroïnes au sens premier, courageuses et humaines.

D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le rôle semble fait sur mesure pour son visage grave ; l’actrice qui incarne Prairie (Brit Marling) a co-créé et co-écrit la série. Voilà. Le reste du casting est également excellent, et l’on retrouve d’ailleurs quelques visages vus dans d’autres productions.

En résumé, si la série est par moment déconcertante, je pense qu’il serait vraiment dommage de passer à côté de cette découverte, qui se révèle une expérience envoûtante et surprenante.

À noter, car ce n’est pas anodin, The OA dispose d’un compte Instagram particulièrement réussi.

TAGS
RELATED POSTS

LEAVE A COMMENT

Petite vague
DTC

I'm the evil side of myself. Blogueuse et photographe dilettante. Dévoreuse de séries TV. De confession Jedi. À l'ouest la plupart du temps... Suivez-moi sur Twitter je ne mords pas @jedisvague

Hello !
Suivez-moi sur Hellocoton
Retrouvez je-dis-vague sur Hellocoton